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Il s'appelait Maurice

par Jacques Chamayou


Il s’appelait Maurice. Il est tombé à Fontjun
Chaque année qui passe atténue un peu davantage la mémoire des moments marquants de la Seconde Guerre mondiale. Il en est ainsi plus encore de celle de 14/18. Malgré les commémorations. Malgré les livres d’histoire. Les jeunes générations regardent devant. Ils ont la vie à croquer…
On peut faire confiance à Lamartine qui en son … temps s’est penché au-dessus de son lac, pour admettre que sans effort on se laisse trop facilement engloutir. Alors de temps en temps, réagissons. Comme on se retient pour ne pas tomber, faisons en sorte de retenir pour ne pas oublier. Car comme l’a dit Jean Tenenbaum « le sang sèche vite en rentrant dans l’histoire … Il faut que les enfants sachent qui vous étiez » … déportés, résistants… Tous victimes du nazisme et de la barbarie !
En ce début du mois de juin, comme depuis plus de 75 ans, les autorités locales invitent au recueillement. Les noms des cinq qui sont tombés à Fontjun le 6 juin ou des 18, fusillé(e)s au Champs de Mars à Béziers le lendemain, sont égrainés avec émotion. Leurs descendants, dignes, reçoivent la reconnaissance de la communauté des villages touchés.
Parmi ceux dont le nom s’estompe au fil des ans, il en est un que nous voudrions tenter de sortir de l’ombre. Sol. Maurice Sol. Si vous allez du trompe l’œil, peint près du Bassin Rond, en direction de la place de l’abreuvoir, vous grimperez la rue qui porte son nom. Si vous empruntez la rue Victor Hugo en venant de ce même Bassin Rond, inévitablement vous longerez les murs de la maison où il a vécu jusqu’à cette terrible soirée du 6 juin 44. Il s’agit de l’avant dernière porte avant l’ancien bureau de tabac.
Maurice était un courageux, un intrépide, un patriote. Il préférait la politique au rugby que pratiquait son frère Olivier, bourrelier dans la même rue. Maurice était marié à Jeanne Pujol. Il lui en a fallu du courage à cette femme qui portait en son ventre leur bébé depuis déjà huit mois, au moment de la tragédie. Mauricette allait naître quelques semaines après. Cette dernière a grandi dans l' appartement de fonction réservé à la concierge du Cours complémentaire. Le collège de maintenant. La municipalité a fait de son mieux pour aider la veuve de Maurice. La mère et la fille réintègreront leur domicile au moment de la retraite de Jeanne.
Puis Mauricette y vivra seule de nombreuses années avant de déménager rue de Metz. Tout à côté. Aidée et protégée. Une vie de douleur pour ces deux femmes qui pourtant ne laissaient jamais rien voir de leur désespoir. Et si l’on évoquait leur dignité et leur courage à elles deux aussi…
Les portraits de Jeanne et Maurice Sol nous ont été transmis par Jackie Osmont. C'est Frédéric Pujol, son neveu, qui les lui a confiés. Celui-ci est le fils de Geneviève Campergue et Marcel Pujol. Ce dernier était le neveu de Jeanne et Maurice.

 


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