Péacha... teau (20)

par Jacques Chamayou


 

Depuis le post d’un superbe tableau de la cour du château mettant en valeur l’escalier qui mène à la salle d’apparat, Péacha régulièrement se pose la question : « combien de marches ? ». Et ne voilà-t-il pas que dans la semaine il tombe sur une carte postale ancienne qui a peut-être inspiré l’auteur du dit tableau.

 

 

 Une carte qui lui a été confiée par Sergio, un ami du regretté Fernand Porté. Ce dernier ayant collectionné d’autres images capestanaises originales. Or, cette même carte postale avait également été postée quelques jours après que ne le fut le fameux tableau peint. La personne à l’origine de ce post ? Une fille et petite-fille de… peintres réputés dans la localité. Ce fait ne devait pas pour autant reléguer le don de notre regretté ami au second plan.

 

C’est en faisant glisser les images archivées sur le compte facebook de « Capestang, plus de 1000 ans d’histoire » que Péacha a constaté que la carte postale de Fernand avait déjà vu la jour sur le dit compte. Oui quand Péacha ne pédale pas, il surfe !

 

Donc … Combien de marches ? Loupe en main, faute d’avoir chaussures de rando aux pieds et bien installé sous sa lampe de bureau, Péacha se met à grimper le fameux escalier, marche par marche, point par point marqué délicatement par sa mine de crayon. Comme autant de coups de piolet piqués dans la glace vive par un alpiniste chevronné et sûr de son geste … Bon là, j’avoue que je pousse la métaphore un peu trop haut… Soit ! vérification après vérification (les larmes acides au bord des yeux surtout) il se convainc d’un total de 23. Comment s’en assurer réellement. Il demeure toujours un doute. La qualité de la photo quoique remarquable pour l’époque, ne permet pas de certifier. Trop tard pour aller les compter sur place. Elles ont été démontées dans les années 70 pour raison de sécurité. Autant pour éviter que des gamins n’en dégringolent accidentellement, que pour supprimer tout risque de défaillance des ancrages des marches dans le mur.

 

Aussi, fort de l’idée que personne ne peut plus aller vérifier, il s’amuse (?) à se demander quelle pouvait être la profondeur de ces marches. Il ne doit savoir que faire de ses journées, le Péacha.

 

Pour découvrir cette dernière énigme, il lui faut aller sur place avec un décamètre et autres outils de construction. Ce qu’il fit ce matin de très bonne heure pour ne pas être pris pour un fou.

 

… Photo en main il constate un point important : la première marche était à fleur de la porte qui a été conservée. « Fastoche, j’ai le point le plus bas » …

 

« Parfait ! » semble lui dire, le beau monsieur coiffé d’un magnifique melon, debout sur la troisième. Melon ou chapeau mou … Qu’en pensez-vous ? Celui du bas s’est-il positionné à cet endroit précis pour lui signifier ce détail important. « Tu peux y aller, Péacha, l’escalier commence à mes pieds ! ». Quant à celui du haut, l’avant-bras appuyé sur la rampe de pierre est-il le maire du village ? Sa posture tout en décontraction (feinte ?) ainsi que sa position plus haute, dénotent-elles la place qu’il occupe dans l’échelle « socio-politique » ? Soit-bis !

 

… Puis à l’œil, Péacha distingue que le perron, lui, en haut est au ras de la porte d’entrée. Muni d’un long tasseau et d’un niveau de maçon, il mesure la hauteur du bas de cette porte jusqu’au sol. « Ce dernier a-t-il été un peu comblé ? Bon je rajoute vingt centimètres. Personne ne le saura ». Il s’interrompt un court instant à l’idée que la murette au-dessus de l’aire de jeu récemment aménagée, était la base d’un véritable mur. Le côté d’une superbe bâtisse qui fermait totalement la cour et qui devait occuper l’espace de ladite aire de jeu.

 

- Ben dis-donc, on pourrait le reconstruire. Quel isolant sonore pour protéger les spectacles des nuisances dues aux pétarades des deux roues !... Bon, j’ai la base, la hauteur, me manque plus que …

 

- Péacha, « si un triangle est rectangle, le carré de la longueur de l’hypoténuse, ou côté opposé à l'angle droit, est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés ».

 

- Hé toi, espèce de farfelu, d’où tu sors, accoutré d’un drap de lit ? Tu te prends pour Pytha…

 

- Mais je suis, Pythagore !

 

- Ouais … Et moi je suis descendant de l’archevêque qui cherche à remonter les siècles en escaladant un escalier qui a fini par dégringoler dans les abysses du temps !

 

- Ne te fâche pas jeune maçon. Je veux simplement t’empêcher de t’induire en erreur… Je vois que tu te sers de ta photo pour compter les marches. Mais n’aurais-tu pas pris en compte la contremarche du perron ? auquel cas si tu veux compter le nombre exact de marches, tu dois différencier la contremarche du perron des autres contre mar…

 

- Oh toi, tu vas pas m’empêcher d’arrondir les angles ! C’est pas parce que tu es né sur l’île de Samos en pleine mer Egée, que d’un vulgaire escalier, tu vas nous faire un fromage.

Quelque peu surpris par tant de propos acerbes, le dénommé Pythagore prit la tangente comme le fit voici quelques semaines d’ailleurs, aux abords de la Maison du Peuple, son interlocuteur du jour. Péacha exaspéré comme jamais, récupéra son décamètre, son niveau, son tasseau, remisa sa carte postale dans la poche et alla d’un pas fringant prendre son petit-déjeuner. Au diable, la profondeur des marches moyenâgeuses. A oublier, le vide laissé par l’escalier. Celui de son estomac criant famine venait de sceller la vérité du moment. Le coup du réel !

 



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