Péacha se prend un timbre (19-1)

par Jacques Chamayou


 

 

Prendre un timbre … Prendre un caramel, un cachou, une cartouche, un tampon, un carton… Autant d’expressions qui en rugby traduit un geste défensif essentiel. En français de l’école, cela signifie recevoir un plaquage très, très appuyé. Très humecté, dirons-nous. Comme celui qu’administra en 70, lors d’un match mémorable à Bram, Jacky Rubio à son vis-à-vis trois-quart centre de l’équipe de la police de Toulouse. Un nommé Coma, réputé pourtant très grand attaquant ayant officié au plus haut niveau national… et qui tout le reste du match a marché à côté de ses crampons.

 

Mais parlons sortie dominicale puisque c’est le thème dans cette chronique... Ce matin Péacha a pris un timbre. Oh tout juste humecté celui-ci, parce qu’expédié par son ami Bobiel. Mais quand même…

 

Voilà ! Ce dernier l’appelle au moment où Chacha gonfle son vélo.

 

-  èp ! Je veux te voir.
-  Ah … je m’apprêtais à partir pour ma balade …
- Viens chez moi, je vais t’en proposer des sorties à bicyclette, moi ! Fais-moi confiance.

 

Aussitôt dit, aussitôt raccroché.

 

Dix minutes plus tard notre maillot jaune local quelque peu inquiet, s’apprête à sonner au portillon d’entrée tout neuf de la plus jolie des maisons, rue Lucien Salette. A peine pose-t-il son index sur le bouton poussoir que la porte en haut du double escalier, s’ouvre :

 

- Monte !

 

« Oh puta, aqueste cop, m’en vau prene un timbre » se dit Péacha en grimpant pesamment la volée de marches. Craintif au possible, il pénètre dans le salon de Bobiel et Nine.

 

- Péacha, tu as écrit une connerie !

 

- Hè ?

 

- Le facteur à Montady … c’était moi, couillonas ! Enfin avec d’autres de Capestang… Assieds-toi, bois le café … Je vais t’expliquer.

 

« Ouf … ».

 

Et voilà Bobiel, soudain tout à fait détendu, espatarat dans son fauteuil, commençant à raconter ses tournées de jeune facteur à la fin des années 50.

 

- Aux Cannagues, on ne passait qu’en haut. Aux vieilles. Mais on descendait ensuite à Soustres, on remontait vers le Bosc puis on …

 

-   Mais c’était Montady depuis mille-neuf-cent-cinquan…

 

-  Ne m’interrompt pas ! C’est pas fini et c’est loin de l’être. Il existait deux tournées sur les campagnes. La première au nord et à l’est. La seconde au …

 

-   Au sud et à l’ouest ?

 

-   Ah Péacha ! Cala-te e escota me plan ! Si tu m’arrêtes toutes les cinq minutes, j’en ai pour une semaine. Tu sais, l’écoute est l’oxygène de la communication orale. «J’ai beaucoup appris en écoutant attentivement. La plupart des gens ne sont jamais à l’écoute »

 

-  Oh lala … C’est de toi, ça ?

 

-  Hemingway ! C’est pareil …

 

Oubliant sa tasse de café pour s’installer confortablement sur le fauteuil que lui avait désigné Bobiel, Péacha se dit qu’il était parti pour une balade extraordinaire … Hors du temps. Et qu’il lui faudrait une bonne semaine pour digérer ce qu’il allait entendre.

 

- Allez Péacha, monte sur ton vélo. On démarre… C’est ma tournée !

 

A suivre ....

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